« Les pigments d’éternité » est un roman dans la veine de « l’Inconnue », dans cet univers qui est le mien depuis que j’écris des romans. La seule exception à cette règle, et ce ne sera sans doute pas la seule dans l'avenir, est « Carnets d’esprit » où j’ai investi un champ d’action différent en revenant dans le réel. Très franchement, ce n’est pas un choix que j’ai fait de façon consciente car j’ai plus l’impression que ce sont les sujets qui me choisissent plutôt que le contraire.
Mais revenons à « Les pigments d’éternité ». C’est en visitant le Musée du Louvre en 2007 et en voyant la Joconde que j’ai eu l’idée d’écrire « Les pigments d’éternité ». Je me suis dit subitement que la Joconde était vivante, qu’elle nous regardait tous et qu’elle attendait la personne qu’elle aimerait avant de sortir. Je la sentais protégée par la peinture de Léonard de Vinci. L’invention des « pigments d’éternité » est venue tout naturellement par la suite afin d’étayer la « véracité » du roman. Les trois caractéristiques indispensables de ces pigments pour donner du corps à l’histoire m’ont très rapidement semblé évidentes :
- première caractéristique : annihiler la gravité terrestre : cela me semblait logique afin que personne ne devine la présence de Mona Lisa à l’intérieur du tableau. Si celui-ci avait eu un poids conséquent, l’histoire aurait été à mon sens difficile à faire avaler.
- deuxième caractéristique : préserver Mona de la morsure du temps,
- troisième caractéristique : les pigments sont prévus fondre le jour où Mona va rencontrer la personne qu’elle aime.
Ces trois caractéristiques donnent à mon sens son originalité au roman. J’ai ensuite voulu donner de la densité en faisant exister et parler Léonard de Vinci ainsi que la Joconde. Afin de ne pas être trop conventionnel, j’ai choisi que la Joconde tombe amoureuse d’une femme. Je trouvais intéressant l’idée d’étudier l’amour au féminin entre deux femmes dans la société d’aujourd’hui.
J’ai pour cela écouté des personnes qui vivaient en couple afin d’obtenir des éléments tangibles sur la difficulté de vivre un amour homosexuel. J’ai aussi voulu imaginer ce qui arriverait si une personne aussi célèbre que la Joconde quittait « son » tableau : comment réagirait le public si le tableau était retiré de la salle où il est exposé ? Comment réagirait le Ministre de la Culture si ce tableau, qui est la « tête de gondole » du Musée du Louvre, disparaissait subitement ? Comment réagirait un flic si on lui demandait de lancer ses hommes à la recherche d’une femme ressemblant comme deux gouttes d’eau à la Joconde ?
Et puis, il y a cette question essentielle : comment réagirions-nous si l’opportunité nous était donnée de pouvoir traverser le temps ? Je trouve qu’il est bien de s’intéresser à une telle question car elle nous renvoie à notre propre fin et au sens même de l’existence. Ces questions m’ont semblé intéressantes à creuser au-delà de l’histoire elle-même.
Et puis, il y a ces thèmes récurrents dans mes romans, y compris dans « Carnets d’esprit ». Ce sont notamment les failles de mes personnages que j’aime étudier. J’aime les amener au bord du gouffre et faire en sorte qu’ils trouvent au fond d’eux-mêmes les ressources pour se relever. Pablo dans « Les pigments d’éternité » ou Léonid dans « Carnets d’esprit » en sont les reflets.

Un titre a toujours l’air simple à trouver. C’est en fait un véritable casse-tête. J’ai d’abord hésité sur « Jours d’été » car beaucoup d’évènements des « pigments d’éternité » se déroulent un jour d’été. Il me semblait donc logique de prendre ce titre.
L’éditeur ne le trouvait pas assez vendeur. Il n’avait pas tort. C’est vrai que « Jours d’été » n’attire pas l’œil. Il faut imaginer son livre dans une forêt de livres dans une librairie. C’est dur de se faire une place, croyez-moi !
Pour vous dire, la moyenne de vente d’un premier roman est de…200 exemplaires. Quand on arrive à 7000 comme ce fut le cas pour l’Inconnue, c’est un succès ! Pourtant, quand on y regarde de près, c’est très peu pour beaucoup de travail !